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Moi non. De mon enfance, j'ai toujours souvenir de m'être rongé les ongles et, surtout, les petites peaux autour. Par enfance, j'entends dès mes 5-6 ans. Oui, c'est tôt.
J'ai été affligée de constater que peu parlent de cela. Mes proches ne comprennent pas, et me disent simplement "Arrête de t'abîmer la peau". Si seulement c'était si simple ! Par manque d'éducation sur ce sujet, on a l'impression d'être seul, nul, on n'ose pas en parler, on se referme sur soi, et on ne guérit pas.
Pire encore, on me dit "C'est qu'une question de volonté". La motivation, je l'ai eue ; mais cela n'a fonctionné que par période. Si j'arrivais à me donner l'objectif de ne pas toucher mes doigts pendant une semaine, ou un mois… je reprenais toujours de plus belle.
La motivation seule ne suffit pas ; on a besoin d'un coup de pouce pour se débarrasser une fois pour toute cette habitude.
Au fur et à mesure des séances de thérapie pour comprendre entre autres d'où venait ce TOC, j'ai appris que gérer mes émotions était la source de mon problème de triturage, et que je devais réussir à me canaliser.
J'ai fait une liste des moments où je me déchargeais sur mes mains, auxquels j'ai associé une dénominateur commun. Je vous partage mon constat :
- Ennui : attendre le bus, dans une file d'attente, conversations qui s'éternisent
- Stress : examens, surcharge de travail, conflits avec les proches, peurs existentielles
- Passivité : bosser devant mon ordi, lire un bouquin, regarder la télé... Des activités où seul mon esprit est en route, mais que mon corps ne bouge pas.
J'ai essayé de me donner des micro objectifs de durée sans me toucher les doigts, de scotcher au sparadrap mes indexs et pouces (les deux doigts que je martyrisais le plus), appliquer des crèmes cicatrisantes, mettre du vernis amer, boire un verre d'eau à chaque fois que l'envie me prenais (oui, oui… je n'ai jamais été aussi bien hydratée!), faire mes ongles avec extensions ...
Je tiens par période, mais jamais sur la durée. Parce que RIEN ne remplace la zone de confort que j'ai instauré depuis petite. Et je culpabilise.
J'ai compris que chercher à refouler mon stress n'allait jamais marcher. M'empêcher de me toucher les doigts, me restreindre, me frustrer, ça ne fait que bouillonner jusqu'au méga craquage.
J'ai compris que je devais rediriger mon stress ailleurs, au lieu de chercher à l'éteindre.
Il existe, il est là, il doit sortir. A nous de maîtriser la manière dont il sortira.
Les bagues rotatives m'ont appris à rediriger ma conscience vers un geste manuel.
Ça a marché pour moi, car il s'agit toujours de faire quelque chose avec mes mains. Simplement, je ne les abîme plus.
Vous verrez, on se sent moins seul quand on rencontre des gens qui traversent le même chemin.
Écrivez-moi par ici, je serais heureuse d'échanger avec vous sur votre histoire et vos ressentis.